Analyse tactique : PSG-Lyon

Par Lino Viale

Est stérile ce qui n’est pas fertile, ce qui n’est pas productif. Hier le Paris Saint Germain a, à nouveau déçu. Avec 1 tir cadré en 90 minutes, Paris perd encore, cette fois contre une équipe de Lyon bien supérieure. Aujourd’hui 3ème de notre championnat, les hommes de Tuchel ne rayonnent pas, la blessure de Neymar va encore alimenter le débat autour des Parisiens.

Alors, quel regard porter sur le match ? Paris a-t-il plus déçu que Lyon n’a satisfait ? Nous allons essayer de voir ça dans ce nouvel article d’analyse tactique.

Contexte

Avec le succès de Lille à 17h face à Bordeaux, Paris devait gagner pour reprendre la place de leader de la Ligue 1. Après une victoire satisfaisante en milieu de semaine face à Basaksehir en Ligue des Champions, les hommes de Tuchel avaient de quoi parfaire la semaine en dominant les Rhodaniens, qui sont sur une série d’invincibilité depuis le 15 Septembre. 

Toutefois, Paris a été inoffensif, Lyon a gagné du plus petit écart possible : 0-1.

Le facteur X

Comme face à Leipzig (objet de ma dernière chronique tactique) le PSG a flanché au milieu. Alignés en 5-3-2 ou 3-5-2 selon la position des pistons, les hommes de la capitale ont perdu la bataille du milieu. Le trident parisien était fort intéressant sur le papier : Verratti-Paredes-Di Maria.

Toutefois, il semble normal de penser que de mettre Di Maria dans un milieu à 3 contre une équipe qui va exploser vite en contre, et qui par conséquent, va demander beaucoup d’efforts, est suicidaire. Ce fut le cas, Aouar était parfaitement servi au sein du triangle formé par le trident parisien pour lancer Toko-Ekambi à la 21ème.

La chose la plus marquante côté Parisien a été l’absence constante de solutions ou de mouvements lorsque les défenseurs centraux avaient le ballon :

Ici, nous voyons Danilo qui hérite du ballon afin de relancer. Il n’a pas de solution viable pour créer une action de jeu où l’équipe peut progresser à l’aide d’une passe qui vient casser une ligne.

De plus, le placement de Verratti pose réellement question, il est censé être la rampe de lancement de l’équipe, mais se situe à la hauteur de sa défense et ne permet pas d’être un relais.

Enfin, Di Maria et Paredes se situent trop hauts, derrières des lyonnais mais surtout sur la même ligne. Il est donc impossible de les servir et par conséquent, l’OL peut continuer à coulisser et à défendre sans problèmes car il n’y a pas de mouvements en face. Les seules solutions semblent être Florenzi sur du jeu long ou Kimpembe ou Diallo.

Ce problème récurrent sur les 3 autres images aussi. En effet, sur celle, ci-dessous nous voyons Verratti qui a décroché à hauteur de sa défense, mais ni Paredes ou Di Maria n’est venu pour chercher le ballon en tant que relais, à nouveau ils sont sur la même ligne, et ce faisant, annihile tout espoir de progrès avec le ballon. 

L’illustration ci-dessous renforce ce que l’on évoquait déjà : un entrejeu absent, pas de mouvements et donc une impossibilité de pouvoir jouer court, de relancer proprement, telle une équipe de rang mondial comme est censée l’être Paris. Toutefois, la zone rouge montre que le milieu parisien hier était un « No Mans Land ».

L’impression renvoyée était que les joueurs avaient peur de prendre le ballon pour progresser grâce à une passe. Ce problème est récurrent dans la capitale.

La dernière image illustre 2 phénomènes : la bonne défense lyonnaise mais nous en reparlerons, mais elle illustre encore l’absence de solution pour le porteur de balle. Il semble avoir une possibilité avec Di Maria mais Depay l’en empêche bien. La solution serait de donner le ballon à Verratti mais il est en plei axe et une possible perte de balle pourrait amener à un but.

Ainsi, Kadewere est venu inscrire le seul but de la rencontre à la suite d’une perte de balle de Kimpembe qui a tergiversé lors de la relance, cela étant dû au fait qu’il n’avait pas de solutions.

Quel regard porter sur la performance lyonnaise ?

En Août dernier, lors de sa qualification contre la Juventus de Turin, j’avais écrit un article qui réfléchissait à la suite pour Lyon après un tel exploit. Depuis, peu de choses ont changées, Lyon a eu un trou en début de saison, mais semble toujours aussi impérial face aux gros, notamment quand ceux-ci sont adeptes de la possession de balle.

En effet, les hommes de Garcia aiment à défendre ensemble comme un bloc, et pouvoir exploser en cas de récupération : le duo Aouar-Paqueta a illuminé ce match, qui était d’une pauvreté technique assez marquante.

Il semble convenable de dire que cette performance est une grande satisfaction. En effet, 5 victoires en 5 matchs et venir concrétiser ça contre Paris est forcément synonyme de joie dans le clan Aulas. De plus, le match vient confirmer les qualités vues dans le Final 4 avec un vrai groupe, uni, qui a un plan de jeu précis.

Toutefois, à nouveau, Lyon doit progresser dans sa gestion des matchs face à des blocs bas. A l’instar de Manchester United outre-manche, Lyon se doit d’être meilleur contre les « petits ».

Une belle rigueur défensive

  Dès les premières minutes, Lyon a montré une grande rigueur défensive : avec un 4-3-3 ou 4-5-1 qui a gêné Paris dans la relance. Comme le prouve l’image ci-dessous, les attaquants rhodaniens avaient un défenseur chacun dans le but d’empêcher la relance. Toutefois, si ce premier rideau était franchi, Paqueta avait à prendre en individuel Marco Verratti, il lui rendit le match bien plus compliqué, du fait de son harcèlement constant.

Paqueta fut précieux pour Lyon, il annihile un contre parisien en faisant faute sur Paredes à la 33ème minute. Toutefois, son rendement fut exponentiel en seconde mi-temps quand Aouar a commencé à flancher, lui s’est mis à rayonner.

Un pied soyeux, une défense rude, et il a mis Neymar dans sa poche. En effet à la 55ème et à la 76ème il vient récupérer la balle face à Neymar et relance avec beaucoup de classe.

Enfin, dans les dernières minutes, Rudi Garcia a opéré des 3 changements pour « bétonner » sa défense et assurer sa victoire. Un passage en 5-3-2 avec, à nouveau, une rigueur exemplaire ( voir ci-dessous) . Les entrées de Diomandé, Guimaraes et Dembélé ont apporté.

Un Paqueta moteur en transition offensive et Mendes omniprésent

Toutefois, le rôle offensif de l’ancien Milanais a aussi été couronné d’actions magiques : sa conservation de balle à la 59ème face à plusieurs adversaires a illustré pourquoi Lyon a investi 20 millions sur ce joueur.

Au-delà de sa performance, il a aussi le profil pour jouer ce rôle : il permet à toute une équipe de respirer grâce à des conservations de balles intelligentes, il sait orienter le jeu, se projeter.

Toutefois, ce 4-3-3 doit beaucoup à Thiago Mendes, en effet, contrairement à Paris, le porteur de balle avait toujours une situation grâce aux déplacements intelligents du Brésilien. Critiqués à raison l’année dernière, l’ex-dogue a néanmoins retrouvé de sa superbe balle au pied, ainsi ses remises en une touche, ses passes précises ont largement accéléré la transition lyonnaise.

Comme le montre sa « heatmap » de Whoscored, il a été principalement l’homme du centre, même s’il n’a cessé de courir pour combler les espaces.

Quel(s) hic(s) ?

Or, tout n’est pas parfait dans la performance lyonnaise. Malgré les dires de Grégoire Margotton sur la progression de Maxwell Cornet, je trouve qu’il a été le tendon d’Achille de l’équipe Rhodanienne.

En effet, lorsque Paris jouait sur son côté gauche et arrivait à centrer, Cornet a eu un mal fou à se positionner pour pouvoir défendre le second poteau.

En témoigne le seul tir cadré parisien est la frappe de Florenzi, qui au second poteau jouit d’un espace laissé par l’ivoirien.  En fin de match, il a perdu un duel important face à Mbappé qui a pu centrer trop facilement.

De plus, les seules fois où Paris a été dangereux, ils l’ont fait en passant par les ailes. De même pour Dubois, qui a été quelque peu en difficulté pour gérer Bakker.

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